Analyse sur la réforme de la voie professionnelle

 

Analyse et revendication sur la réforme du baccalauréat professionnel :   

Cela fait maintenant quelques mois que notre ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé sa volonté de réformer la voie Professionnel, jugée « Peu attrayante ni assez professionnalisante ». Il a ainsi formulé plusieurs propositions pour y remédier, auxquelles nous nous opposons.

 

Des enseignements régionalisés : une inégalité territoriale et absence de valeur nationale du diplôme.

 

La première mesure de cette réforme est de créer des « Campus d’excellence » dans chaque région. Cette première proposition laisse déjà songeur : en effet, il n’est nullement évoqué par le gouvernement la question du financement, ce qui peut nous laisser penser que soit le projet n’arrivera jamais à se mettre en place, ou soit qu’il ne se mettra en place que partiellement, dans certaines régions qui accepteront de financer ce projet, ce qui créera de facto des inégalités territoriales et géographique.

Si le gouvernement souhaite mettre en place cette réforme c’est pour revaloriser la filière. Ainsi, il revalorise en la rendant plus professionnalisante de manière à plaire à entrepreneuriat. L’enseignement des lycées professionnel serait indexé sur les bassins économiques. En conséquence, les lycéen.ne.s ne seraient non plus formé.e.s selon le peu de choix qu’ils/ elles avaient encore (Car oui pour encore trop d’élève aujourd’hui la voie pro fut un choix par défaut, ce qui est inacceptable) mais en fonction de la demande sur le marché du travail proche du lieu de formation et d’étude. Ce qui pose également des problèmes quant à la mobilité de la jeunesse. Dans quelle situation se retrouveraient un.e personne disposant spécifiquement d’un diplôme lui permettant de travailler dans un secteur propre à sa localité si cette même personnes serait contrainte à déménager par exemple ? L’aspect très peu sécurisant pour les futur.e.s travailleur·se·s de cette mesure constitue une dérive dangereuses pour les générations futures que nous condamnons avec fermeté.

Enfin, cette sur-mise-en-avant des régions aura un effet néfaste sur la valeur qu’auront chaque diplôme : En effet, les inégalités territoriales et géographique provoquées par la mise en place de ces campus d’excellence jouera un rôle décisif quant à la valeur qu’auront les diplômes en fonction de leur région d’obtention. Nous revendiquons des diplômes à valeurs égales sur l’échelle nationale.  

 

Un programme retravaillé pour répondre aux aspirations des entreprises.

 

Premièrement, nous voyons dans cette réforme une volonté du gouvernement de sur-professionnaliser le bac professionnel en l’orientant totalement pour qu’il répondent non pas au besoin d’apprentissage du/de la lycéen.ne.s mais à la demande d’embauches des entrepreneur·se·s. Nous considérons que la vision globale qu’a le gouvernement de la voie professionnelle est donc un problème. Là où il ne voit qu’un processus obligatoire avant que les entreprises puissent utiliser des forces de travail nouvellement formées, nous considérons l’éducation comme un outil d’émancipation et l’école comme un lieu d’apprentissage, d’acquisition de l’esprit critique nécessaire au citoyen.ne.s pour le bon déroulement de la démocratie.

De ce fait, il est légitime de se demander si l’obtention d’un bac très spécifiquement calibré pour répondre à un besoin d’embauche à un instant donné ne deviendra pas par la suite totalement désuet lorsque cette demande aura cessée. Que deviendront les lycéen.ne.s, futur.e travailleur·se·s, avec un diplôme ne leur garantissant nullement a minima la sécurité de l’emploi à moyen terme ? Plus que voué à ne pas résoudre le problème du chômage de masse structurel qui gangrène actuellement notre société, cette réforme augmentera nécessairement cette crise, ce qui causera à terme une hausse de la précarité et de la pauvreté parmi la population.

Les lycéen.ne.s seront mis.e.s en concurrence, à travers le fait qu’ils et elles fassent partie ou non des futurs “campus d’excellence” mais aussi qu’ils/elles fassent partie de tel ou tel campus, qui auront sans doute chacun leur spécificité en terme de formation. Cette mise en concurrence généralisée des élèves débouchera inéluctablement sur une mise en concurrence encore plus forte des travailleur·se·s sur le marché du travail, idée que nous rejetons formellement.  

Enfin, cette réforme prévoit d’amoindrir le nombre d’heure enseignement généraux que contient actuellement la voie professionnelle. Il s’agit d’une vision déplorable qu’a le gouvernement de la jeunesse. Nous revendiquons un socle commun de connaissance car chaque jeune, qu’il ou elle étudie dans la voie générale, technologique ou professionnel , doit pouvoir accéder par l’éducation nationale à une culture commune qui, en vertu du principe d’égalité centrale à notre république, forgera son opinion en tant que futur.e.s citoyen.ne.s.

De plus, cette baisse des heures provoquera une baisse des Dotation Horaire Globalisée (DHG), donc des suppressions de poste parmi le corps enseignant, ce qui détériora les conditions d’études des lycéen.ne.s. Il s’agit d’un plan d’austérité déguisé, ce qui nous fait rejeter ce projet de réforme néfaste pour les lycéen.ne.s

Nous refusons cette mesure taillée sur mesure en faveur des employeurs et revendiquons un lycée réellement émancipateur pour les élèves.  

Enfin, le gouvernement souhaite renforcer l’apprentissage en entreprise. Sous couvert de “préparer les lycéen.ne.s au monde du travail”. il s’agit surtout de donner de la main d’oeuvre peu cher aux entreprises locales à travers des emplois précaires et peu sécurisés. L’apprentissage pourrait être un outil de formation intéressant hors du modèle capitaliste actuel. En effet, pratiquer le métier qu’un.e lycéen.ne.s souhaiterait faire plus tard ne peut être que bénéfique pour elle/lui, néanmoins la course au profit incessante des entreprises va totalement à l’encontre des intérêts de l’apprenti, et il est inéluctable que le contrat finissent en une exploitation encore plus grande que celle que subit les travailleurs adultes. Nous souhaitons la fin de l’apprentissage dans sa forme actuelle.

 

Une réforme qui enferme les lycéen.ne.s dans une orientation choisie trop tôt.

Force est de constater que les mesures évoquées précédemment réduisent drastiquement les possibilités d’orientation et de réorientation des lycéen.ne.s. Malgré que l’orientation des lycéen.ne.s soit déjà en péril suite à la fermeture des Centre d’Information et d’Orientation par le gouvernement ainsi que le manque de Psychologue de l’éducation nationale dans les lycées. Suite à cette mesure, la voie professionnel enfermera les lycéen.ne.s qui y sont et, dans la droite lignée de la mise en place de Parcoursup’, réduira radicalement le passage des élèves de voie pro à l’université : bien que des “Classes passerelles” (Au nombre de places trop limités) donneront la possibilités aux lycéen.ne.s de sortir de la voie professionnelle si ils et elles le souhaitent, ces modules ne donneront un accès qu’au BTS et non aux universités. Nous revendiquons un droit à la seconde chance et souhaitons la démocratisation de ces classes passerelles. Nous revendiquons le choix permanent de l’avenir des lycéen·ne·s par eux-mêmes, c’est pourquoi nous nous opposons à ces mesures.

C’est pour ces raisons que nous revendiquons la démocratisation des lycées polyvalents (Regroupant les trois voies, Technologique, générale et professionnelle, dans un seul lieu), pour mettre fin à la ségrégation sociale qui régit le lycée et l’enseignement en général actuellement, et pour mettre aussi fin à la reproduction sociale qui bloque l’avenir de millions de lycéen·ne·s dans notre pays. La mise en place de ces lycées polyvalents permettrait également une plus grande possibilité de réorientation au cours de la scolarité chez les lycéen.ne.s, pour qu’ils et elles soient réellement maîtres et maîtresses  de leur avenir, et non pas qu’ils et elles le subissent comme actuellement.

 

Un CAP dérégulé par l’Etat.

 

La réforme propose également de donner plus de liberté quand à l’obtention des CAP : si celui-ci s’obtient actuellement en deux ans, la réforme prévoit qu’il puisse l’être en un, deux, ou trois ans.  Cette mesure précarisera grandement les lycéen.ne.s qui le sont déjà le plus. Premièrement, accepter que ces lycéen.ne.s sortent des écoles avec moins de formation les préparera moins bien aux lois du marché de l’emploi, ce qui contribuera à augmenter le nombre d’emploi précaire car nécessitant une formation moindre ainsi que les chiffres du chômage de par le nombre de personnes qui arriveront dans le monde du travail sans les outils nécessaire à s’y insérer. Enfin, ce seront les lycéen.ne.s qui seront mis.e.s en concurrence entre-eux de part cette différenciation d’un même diplôme. Il est évident que les employeurs privilégieront les titulaire d’un CAP passé en trois ans, et c’est donc la qualité des emplois offert aux titulaires des autres CAP qui régressera.

 

Une main-d’oeuvre donné aux entrepreneurs.

La question des stages en entreprise n’a pas été traité par le gouvernement. Pourtant, les stages augmentent tout en étant difficile à trouver et sans être payé.

Ainsi, c’est une main d’oeuvre qualifié et gratuite qui est donnée aux entreprises. L’UNL refuse cette situation de précarité et demande :

 

Face à ce constat, l’UNL revendique :

– L’abandon de ce projet de loi dangereux pour la jeunesse lycéenne

– Un nouveau plan pour la voie professionnel permettant l’émancipation de tou.te.s les lycéen.ne.s.

– La démocratisation des lycées polyvalents

– La mise en place d’un tronc commun de connaissances valable pour toutes les voies d’enseignement

– Un réel droit à l’avenir pour tout.e.s les lycéen.ne.s, notamment par l’abrogation de Parcoursup’, la sauvegarde des CIO ainsi qu’un plan de recrutement de Conseiller d’Orientation Psychologue .

– L’ouverture des voies entre elle et le droit à une seconde chance.

– La fin de l’influence des intérêts purement privés sur le secteur éducatif à travers la création d’une commission d’éthique éducative.

– La fin de l’apprentissage en tant qu’outil d’exploitation de entrepreneuriat sur les jeunes travailleur•se•s.

Un investissement massif pour l’éducation.  

– Prise en charge de la mobilité par l’Etat

– Rémunération de tous les stages

– Création d’une banque nationale de stage.

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