France Union Demonstration Antoine Oury

Le gouvernement français est faible : Finissez-en maintenant !

L’utilisation par le gouvernement français de l’article 49.3 de la Constitution pour imposer la réforme des retraites de Macron sans vote parlementaire le 16 mars a marqué un tournant tournant dans le développement de la lutte. Le contournement de l’Assemblée nationale est perçu à juste titre par de larges couches de la population comme une insulte et une provocation de trop.

Tout le monde en France sait que Macron et son gouvernement méprisent les sondages, qui indiquent tous qu’une écrasante majorité de la population (dont plus de 90% d’actifs !) s’oppose à la réforme des retraites. On sait aussi que le gouvernement méprise les nombreuses manifestations de masse et grèves organisées contre cette réforme depuis le 19 janvier. L’utilisation de l’article 49.3 souligne le fait que Macron et sa clique méprisent également les soi-disant « représentants de la nation » élus en dernier lieu. Juin.

Pour ne rien arranger, ces mêmes « représentants de la nation » n’ont même pas été en mesure de répondre aux insultes du gouvernement en votant une motion de censure qui l’aurait fait tomber. Toutes les institutions politiques sont ainsi discréditées aux yeux des masses.

En conséquence, la crise sociale s’est accompagnée d’une profonde crise démocratique et politique. Les masses remettent de plus en plus en question la légitimité du régime lui-même, à la fois individuellement dans leur esprit et pratiquement dans la rue. Cette crise du régime n’est pas nouvelle, mais elle est aujourd’hui évidente pour tous.

L’utilisation de l’article 49.3 et l’échec consécutif de la motion de censure ont donné une impulsion claire à la mobilisation des étudiants universitaires et scolaires. / Image : Nomis.exe, Wikimedia Commons

De manière significative, l’utilisation de l’article 49.3 et l’échec ultérieur de la motion de censure contre Macron ont donné une impulsion claire à la mobilisation des étudiants universitaires et scolaires. Jusqu’à présent, ces couches étaient relativement passives. Des dizaines de milliers de jeunes se mobilisent chaque jour depuis le 16 mars à travers les grandes villes de France. Et ils ne se limitent pas à exiger le retrait de la réforme des retraites. Ils exigent le respect et un avenir pour lequel il vaut la peine de se battre, ce que ce gouvernement (et surtout le système capitaliste qu’il défend) ne peut pas assurer.

De leur côté, Macron et son gouvernement ont été considérablement affaiblis par les événements de ces derniers jours. La cote de popularité du chef de l’Etat, qui n’était pas très élevée au départ, continue de baisser. La première ministre Élisabeth Borne et ses collègues ministres sont des zombies politiques. Le gouvernement n’a d’autre moyen de pression que la répression brutale des grèves et des manifestations.

Dans ce contexte, la responsabilité qui incombe aux organisations de gauche et au mouvement syndical est colossale. Trois points d’action clés sont nécessaires :

Premièrement, ils doivent organiser et mener activement des manifestations quotidiennes dans toutes les villes du pays afin de protéger la jeunesse mobilisée de la répression policière et des arrestations qui se sont multipliées depuis le 16 mars.

Pour que les manifestations spontanées ne se terminent pas par d’innombrables passages à tabac et arrestations, comme c’est désormais le cas chaque nuit, les organisations ouvrières doivent organiser et protéger les manifestations. En même temps, cela permettrait à ces manifestations de se développer massivement et unirait les travailleurs et les jeunes dans l’action.

Deuxièmement, la gauche et le mouvement ouvrier doivent élargir les mots d’ordre de la lutte. Il ne suffit pas d’exiger uniquement le retrait de la réforme des retraites. Pour encourager la mobilisation de nouvelles couches de travailleurs et de jeunes, nous devons passer à l’offensive avec nos revendications. L’objectif suprême doit être le renversement du gouvernement Macron – qui travaille dans l’intérêt d’une poignée de grands capitalistes – et son remplacement par un gouvernement au service des travailleurs.

Comme l’écrivaient les camarades d’Unité CGT le 19 mars :

Nous sommes à un tournant. En tirant trop fort sur la corde, ils [Macron and his government] l’ont cassé. Alors parlons clair : désormais, l’objectif n’est plus seulement de rejeter les 64 ans [retirement age]. L’objectif est le retour à 60 ans comme âge de la retraite. L’objectif est un salaire minimum de 2 000 euros, la renationalisation/expropriation des autoroutes, des industries, des biens spoliés du peuple. L’objectif est l’abrogation des réformes du chômage, la fin des aides aux entreprises. Le but est la réponse à tous nos besoins sociaux, un changement de régime. Cet ordre social a trop duré.

Ces mots sont tout à fait corrects !

Police française Image William Jexpire Wikimedia Commons
Si les manifestations ne doivent pas se terminer par d’innombrables passages à tabac et arrestations, les organisations de travailleurs doivent organiser et protéger les manifestations. / Image : William Jexpire, Wikimedia Commons

Troisièmement, sur cette base, la gauche et le mouvement syndical doivent jeter toutes leurs forces dans l’organisation d’Assemblées Générales (AG) dans les entreprises, qui doivent être aussi larges que possible, afin de pousser vers la grève illimitée. Des AG réunissant des travailleurs de différentes professions doivent se tenir le plus tôt possible, afin (par exemple) d’organiser des manifestations contre les attaques de la police sur les piquets de grève. Dans les universités, les AG étudiantes doivent offrir leur soutien au mouvement ouvrier, et doivent contribuer à la défense des piquets de grève et à l’extension des grèves illimitées.

Les secteurs qui mènent actuellement le mouvement de grève en cours – notamment les travailleurs du pétrole – ne pourront pas tenir indéfiniment sans une extension rapide de l’action revendicative à d’autres secteurs clés de l’économie. Si cette prolongation a lieu, le pays entrera dans une nouvelle phase de la lutte qui mettra à l’ordre du jour non seulement le retrait de la réforme des retraites, mais le renversement du gouvernement des riches, l’abrogation de toutes les contre-réformes de des vingt dernières années, et la mise en place d’un gouvernement au service des travailleurs et de toutes les couches opprimées de la population.

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